« Vivaldi Universel (saison 5) » fut commandé à Christophe Monniot en 2006 par le festival du « Rhino jazz ». L'ambition était de réécrire « les Quatre saisons » de Vivaldi à la lumière du changement climatique d'aujourd'hui et ainsi se réapproprier ce pilier du baroque d'une manière contemporaine avec toujours aux oreilles les influences de Stravinsky, Parker, Ravel ou encore Franck Zappa.
Christophe Monniot avait auparavant fait ses armes auprès des formations de Laurent Dehors, de la « Compagnie des musiques à ouïr » de Bernard Lubat, ou encore au sein de l'aventure de l'ONJ de Paolo Damiani. Génie des musiques improvisées, il décide de s'entourer de son comparse Emil Spanyi ainsi que de Sylvie Gasteau pour écrire cette composition. Cette dernière est productrice et réalisatrice de documentaires radiophoniques, on a pu entendre ses travaux à l'antenne de France Culture ou sur les podcasts d'Arte Radio. Sylvie Gasteau s'est spécialisé dans le reportage de société, pointant du doigt les travers d'une communauté en dérive.
« Vivaldi Universel (saison 5) » est une fuite en avant du temps au travers des époques. Si l'on comprend bien le jeu de mot avec la major, il n'en est pas moins révélateur du concept qui entoure l'œuvre de Monniot. Au-delà du son, la composition se donne une vocation politique, philosophique et même humanitaire. Le discours développé ne pourrait souffrir de l'extraction d'un titre mais s'appréhende dans sa continuité si l'on veut en saisir pleinement sa subtilité. La reprise des thèmes de Vivaldi se voit retravaillée pour donner l'impression d'une immersion dans un univers aquatique à l'atmosphère quasiment palpable.
L'œuvre de Monniot baigne dans une mer d'influences. Véritable environnement sonore, le disque puisqu'il faut l'appeler ainsi, se voit le théâtre d'images des plus extravagantes, extirpées des méandres de l'imaginaire commun à l'appel d'un saxophone psychédélique. « Vivaldi Universel » n'est pas sans évoquer différents arts, on pense au « Metropolis » de Fritz Lang, à « La ville qui n'existait pas » d'Enki Bilal, ou encore aux illustrations de Jean Giraud. Même si le concept est ancré dans une réalité concrête du monde actuel, la réalisation approche une forme musicale de cyber-culture.
Par delà les instruments, le discours mis en scène par Sylvie Gasteau surgit. Des lectures à partir d'écrits d'Ahmadou Kourouma, de Charles Beaudelaire et surtout des extraits du rapport d'évaluation sur l'évolution du climat sont déclamés par un enfant et un africain et assènent des vérités qui ne peuvent plus déranger aujourd'hui.
En remaniant les saisons de Vivaldi, Christophe Monniot a trouvé le théâtre d'expression parfait de sa musique contemporaine. Des thèmes qui dans l'imaginaire commun étaient établis comme une sorte de dogme, intouchables, se voient remaniés par la vision d'un homme ancré dans une époque. Pour autant cela ne fait qu'assurer la pérennité d'une œuvre au travers du temps.

Label Cristal Records Distribution Harmonia Mundi |