Take Shelter - Jeff Nichols
Aléa du calendrier français, 2012 s'amorce en distribuant sur ses écrans de cinéma le plus beau film de 2011. Déjà unanimement salué à Deauville et à Cannes où il sut se forger une réputation qui lui promet un beau succès en salle, Take Shelter de Jeff Nichols lance une année placée sous le signe de l'apocalypse avec une assurance aussi terrifiante dans son propos que réjouissante dans sa lucidité. Face aux armadas pompières proposées par Terrence Malick ou Lars von Trier (l'un responsable d'une audacieuse mais interminable messe eschatologique, l'autre d'un irritant apocalypse pour aristocrates), l'ampleur minimaliste toute en retenue de la chronique naturaliste de Nichols ne peut que séduire. Il faut voir comment le film convoque, sans jamais s'appuyer dessus, les propositions les plus intéressantes de l'année dernière (Melancholia et Tree of Life donc, mais aussi l'oraison funèbre de Béla Tarr et son Cheval de Turin, Habemus Papam de Moretti et son ambiance de fin de civilisation, la nature souveraine et impétueuse du Hors-Satan de Dumont, mais aussi celle, interminable et menaçante, de La Dernière Piste de Kelly Reichardt) pour réactiver leur discours sur une ligne fictionnelle d'une limpidité sidérante : une sorte de fiction définitive sur le cinéma de 2011 ou, en tout cas, un sismogramme épuré de ses inquiétudes les plus profondes.



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