Vendredi 18 Mai 2012

http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/244232chinese_man_ss.jpglink
http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/939210radio_moscow_ss.jpglink
http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/197432groundation_itw_ss.jpglink
http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/360078radio_moscow_live_ss.jpglink
http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/551360yppah_ss.jpglink
http://www.musique-culture.com/components/com_gk3_photoslide/thumbs_big/821326fake_oddity_ss.jpglink
Hugo Kant + Chinese Man @ Le Trianon le 21/04/2012 Radio Moscow : l'interview psychotop ! Interview Groundation : Le retour des virtuoses californiens ! Radio Moscow @ La Grange à Musique le 07/04/2012 Yppah - Eighty One Fake Oddity – French Beauté

CD-mashup-Front

Jeudi, 19 Janvier 2012 01:21

Il n'y a pas de rapport sexuel - Raphaël Siboni

Écrit par  Louis Blanchot
Évaluez cet article
(2 votes)

Dans son long métrage On ne devrait pas exister (présenté à La Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2006), HPG essayait de comprendre le temps d'un film comment il pourrait, malgré la singularité outrageante de son corps et de son comportement, s'intégrer au monde du cinéma dit « traditionnel Â». Aussi maladroit dans son insistance qu'insistant dans sa maladresse, il venait buter ad nauseam sur un univers créatif irrémédiablement incompatible avec son excessivité pathologique (il boit et se drogue avec complaisance, refuse de s'inscrire dans une vision modérée des choses, est incapable de baiser comme un vrai amant, etc.). Il n'y a pas de rapport sexuel redistribue peu ou prou les mêmes cartes, sauf que les règles du jeu ont complètement changé.

Premièrement, ce n'est plus un homme exilé de sa terre d'origine que l'on retrouve, mais un HPG à domicile : dans son milieu professionnel d'abord (l'industrie du porno), mais surtout, et plus littéralement, chez lui (les tournages de ses films s'effectuant bien souvent, et selon le cadre souhaité, dans son salon, sa cuisine ou sa salle de bain). Et dans cet environnement c'est peu dire que celui-ci maîtrise absolument toutes les règles (les pires comme les meilleurs) et qu'il ne s'agira donc plus de questionner la marginalité de ce corps mais, bien au contraire, d'en observer l'implacable souveraineté. Deuxièmement, et comme un contrepoids volontaire à ce dispositif purement égocentrique, ce n'est pas HPG qui est venu se mettre au commande de la partie, mais un jeune vidéaste contemporain, Raphaël Siboni, qui s'est vu confier par l'acteur-réalisateur-producteur la tâche de sélectionner et de monter les milliers d'heures de rush de making of glanées sur ses tournages sans que ce dernier n'intervienne à un quelconque niveau. Jusque dans leur titre en forme d'aphorisme, On ne devrait pas exister et Il n'y a pas de rapport sexuel se présentent donc comme les faces opposées d'une seule et même pièce, celle de cette figure complètement hallucinante incarnée par HPG qui, après s'être mis en scène comme parasite tentant vainement d'intégrer un monde étranger, s'offre aujourd'hui au regard et à la rhétorique d'un autre à travers un corpus d'images dont il est à la fois le héros et l'inducteur.

 

il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_7

 

Le film, d'emblée, se présente comme la chose la plus drôle proposée par le cinéma français depuis longtemps (et étant donné l'horizon navrant que beaucoup de fictions hexagonales donnent au rire, le bienfait comique du film de Siboni n'est pas rien). Déjà parce qu'il permet de retrouver une de ses figures les plus burlesques en la personne d'HPG, pornocrate mégalo et complètement givré, sorte de Louis de Funès du X assez penché sur la bouteille, toujours sur la corde raide de la folie et de l'obscénité, et dont le film souligne le tempérament à travers des fragments d'une drôlerie absolue : entre autres plaisirs, un HPG complètement ivre tentant d'élaborer une histoire sans queue ni tête à coup de magouille bidon et de clé USB, dans le seul dessein de justifier une partouze. Ensuite parce que, à travers le dispositif de distanciation propre au making of, HPG cultive un certain goût du décalage qui réjouit dans son humour autant qu'il étonne dans sa façon de ne jamais empêcher l'efficacité de son entreprise. Siboni prend ainsi soin de sélectionner des moments où le show ininterrompu auquel s'adonne la porno-star ne vient jamais parasiter une mécanique productive incroyablement prolifique (HPG est un stakhanoviste de sa profession, tournant de tout, partout, et dans toutes les conditions), mais au contraire anime cette mécanique d'une extravagance et d'une cocasserie dans lesquelles la mise en scène d'HPG semble puiser toute son énergie. Et le gonzo – dont il a été un des grands précurseurs en France et qui est devenu sa marque de fabrique – est dans cette perspective le genre rêvé pour accueillir cette étrangeté toute triviale, improvisation plus ou moins amateuriste autour d'un canevas dont HPG maîtrise parfaitement les codes et les subtilités.

 

il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_1

 

Dans On ne devrait pas exister, on sentait bien que le réalisateur cherchait à importer un logiciel de création (ou, en tout cas, cherchait à questionner cette importation) qui lui réussissait remarquablement dans l'univers du cinéma X mais qui, malheureusement, ne trouvait jamais les conditions de son épanouissement sur le terrain plus austère et balisé du cinéma traditionnel. Le film partait en ce sens vers de drôles de directions, hésitant sur les orientations à prendre, s'installant sur des territoires créatifs à la fois vierges et proches du néant, pour malheureusement finir par stagner dans un questionnement un peu trop redondant et schématique (en gros, comment exprimer l'excès dans un univers créatif demandant rigueur et modération ?). Dans Il n'y a pas de rapport sexuel, le pragmatisme du personnage règne au contraire en maître absolu. Et c'est à cette inébranlable énergie ainsi qu'à cette efficacité déconcertante que le montage de Siboni fait honneur, sans jamais tomber dans le piège de la complaisance hagiographique ou du discours critique.

 

il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_3

 

Car dans ce portrait d'un professionnel au travail, c'est aussi une partie de l'envers du porno qui se fait jour, et le film étonne par la lucidité de son regard sur un univers ne répondant pas forcément à l'idée qu'on peut s'en faire, particulièrement au sujet de sa fabrication. Loin de l'emphase singée par les acteurs et de la simplicité directe voulue par les scénarios, la mécanique d'un tournage de film X se caractérise ici par l'ennui, l'attente, la routine, la solitude ; et lorsque son acolyte William lui fait savoir, au détour de deux positions sexuelles simulées, que le soft l'emmerde un peu, HPG n'a rien d'autre à lui retourner que cette vérité générale : « Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est le boulot Â». Car si le making of tend à réaliser un des fantasmes du porno (montrer du « vrai sexe Â») en révélant l'envers d'un décor volontairement teinté de quotidienneté, la sélection de Siboni préfère déplier la mécanique du genre en exposant avec clarté sa part d'artifice. Le film trouve ainsi très vite le sens à donner à la sibylline déclaration de Lacan dont il a fait son titre, en s'intéressant dans sa première partie à la manière dont les rapports sexuels mis en scène sont, en effet, régulièrement contrefaits. Sur ce point, le film tire sa force de ne pas trop s'appesantir sur les jugements de valeur et les questions de morale, axant principalement sa première partie sur la part comique dégagée par ces corps simulant la jouissance. Reprenant l'aphorisme de Chaplin qui différenciait la tragédie de la comédie par une simple valeur de plan (gros plan pour la première, plan général pour la seconde), le dispositif mis en place par HPG, en ce qu'il permet une vision générale et continue de ce qui normalement est exhibé en gros plan, offre ainsi de réjouissants moments de comique de situation, comme lorsque cet acteur simule une pénétration avec sa partenaire en s'infligeant rythmiquement des tapes sur les fesses.

 

il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_2

 

Même si la place tenue par Raphaël Siboni dans la réussite du projet est assez trouble, il faut saluer avec quelle discrétion et quelle sécheresse il articule les incroyables images que la porno-star lui a laissées à disposition, préférant souligner la résistance implacable de la personnalité d'HPG (qui ne semble pouvoir se dissoudre dans aucune autre rhétorique sinon la sienne) plutôt que de l'enfermer dans un quelconque système discursif. Cette synergie idéale trouve un début d'explication dans une réflexion de l'acteur lancée par mégarde après avoir foiré son éjaculation : « Ã‡a, ce sera coupé du making of Â», croit-il bon de dire en jetant un coup d'oeil à la caméra. Sauf qu'Il n'y a pas de rapport sexuel n'est pas un making of, et que, forcément, Siboni ne se gêne pas pour conserver cette faute professionnelle. En révélant plusieurs fois ce qui semblait vouloir rester caché et en se focalisant sur certaines failles du personnage, Siboni dégage en fait le génie comique tapi derrière le performer sexuel – un génie évidemment un peu honteux, parfois involontaire même, peu reluisant en tout cas –, laissant les scènes parler d'elles-mêmes et dire ce qu'elles ont à dire, en cherchant simplement, mais avec pas mal de tact, à faire dialoguer l'ensemble souterrainement et à emmener progressivement le film vers autre chose que le zapping hilarant dont il se contente un peu lors de la première demi-heure.


il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_5

 

Le film basculera d'ailleurs en son centre lorsque cet entrain du personnage à manipuler le réel va dépasser le simple horizon risible pour flirter dangereusement avec l'horreur pur (voir carrément le pénal) : HPG tend en effet un piège obscène à un jeune banlieusard complètement largué qui, croyant certainement participer à un casting hétéro, se retrouve à jouer les passifs devant la caméra. En juxtaposant le regard ahuri de ce lycéen sodomisé pour la première fois avec un éthylique cours de marxisme improvisé par HPG pour sa victime, Siboni lève soudainement le voile sur la dangereuse ligne de partage où sa vedette évolue : celle – parfois très, très ténue – séparant le farceur du manipulateur, le génie du malade mentale et l'anticonformiste du criminel. Et de par l'exposition de cet épisode dans toutes ses articulations, le film permet une traçabilité édifiante de ce rôle ambiguë qu'incarne sans cesse HPG et qui constitue véritablement son fond de commerce : celui d'un clown calculateur et généreux en fausses promesses, un rouleau compresseur qui persuade ses acteurs en les saoulant de paroles, ni gêné d'abuser de la naïveté de certains, ni embarrasser à l'idée d'utiliser les arguments les plus démagogiques et débiles qui soient.

 

il_ny_a_pas_de_rapport_sexuel_image_4

 

Car derrière le commerce du pornocrate, il y a un autre travail, corrélatif, superposé, bien plus ambitieux, qui est d'utiliser le naturalisme trivial propre à la pornographie pour mettre en scène, au sein d'un nouvel appareillage de captation, les coulisses d'un univers qui n'est souvent composé que par le quotidien-même d'HPG. Le gonzo, dans son dispositif artificiel, presque « bête Â», amène à un tel dénuement, une telle trivialisation du réel, que le fait d'être redoublé par un autre dispositif de distanciation amplifie cette sensation de réel de façon spectaculaire (et le film, dans son humour comme dans son abjection, offre en ce sens des moments d'une force peu commune). Il y a chez HPG une vraie obsession de prendre en otage le réel, brutalement, de force, et de l'éplucher comme un oignon jusqu'à ce que, véritablement, celui-ci en vienne à piquer les yeux ; car spécifiquement ce sont lors de ces moments instables que la puissance et l'intelligence du cinéaste se manifestent, lorsque, parfois surpris mais jamais dépassé, il trouve en effet dans le surgissement inopiné de ces blocs de réel le moyen de constamment les remettre en scène. Ces séquences (les larmes de joie ou de peur d'une fille dépassée par son plaisir, ou bien le bonheur outré d'une autre se découvrant femme fontaine), de loin les plus fortes du film, Siboni a l'intelligence de les disposer après le climax crapuleux du lycéen, un souvenir qui agira donc sur le reste du film en surimpression, comme pour rappeler en contrepoint la réalité de l'entreprise auscultée : non pas une oeuvre caritative servant les fantasmes de chacun, mais une machinerie complexe du commerce des corps et des désirs, où HPG ne s'arrête jamais de mettre en scène ses rapports (sexuels ou pas) avec l'autre, ami ou collaborateur, homme ou femme, amateur ou professionnel. Le film de Siboni montre en tout cas à quel prix s'élabore la relation entre ces corps aux proportions démesurées, captés dans une outrance d'autant plus précaire que l'héroïsme et le ridicule dont ils sont l'objet ne les mettent jamais à l'abri du possible épuisement sur lequel se conclue le film.

 

2 commentaires

  • Lien du commentaire Johnny Jeudi, 19 Janvier 2012 02:01 posté par Johnny

    Ce film m'a choqué et je trouve cela très facile et déconcertant de défendre un making of aux relents machistes et mégalos. Tu te doutes que je ne rejette pas le contenu, je n'ai rien contre le porno, bien au contraire, c'est toute la fascination complaisante qui semble emporter tous les spectateurs qui me dégoûte. Les gens sont trop contents de rire d'une pauvre fille dont le fantasme est de tourner un porno et ce n'est qu'un exemple ! Bonne critique par ailleurs.

  • Lien du commentaire V Jeudi, 19 Janvier 2012 03:24 posté par V

    C'est bien mon Loulou !

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'avoir rempli correctement les champs marqués d'un (*).
Les balises HTML classiques sont autorisées.